pierre gaudu / photographies

jeudi 5 janvier 2017

un texte de Philippe GONNET

Pierre Gaudu, « poète visuel »


Car écrire sur Pierre Gaudu, c’est en quelque sorte vouloir saisir l’insaisissable, coucher sur le papier ce qui ne relèverait ni de l’encre ni des caractères, évoquer – et non pas cerner… – ce qui confine fondamentalement à l’indicible.

Passe déjà qu’il s’appelle Pierre-François Gaudu ; mais l’expression de ce plasticien, qui aura éprouvé bien des styles de peinture, de dessin comme de photographie, paraît s’évaporer à chaque changement de grammaire, dans l’incandescence de son accomplissement.

Qu’il dessine ou qu’il peigne, voire – surtout ?... – qu’il photographie, Gaudu semble se consumer dès lors qu’il atteint cette perfection à laquelle il tendait depuis si longtemps, de toute éternité ; et qui s’échappe d’autant plus vite et d’autant plus loin qu’elle se révèle pleine et aboutie, loin de toute séduction.

Car il y a tout à la fois quelque chose de l’enfantement et de la noyade chez Gaudu, qui ne peut « faire » qu’en se livrant jusqu’à l’extrême, jusqu’à la disparition, jusqu’à se laisser absorber par son œuvre – quelque forme revêtît-elle.

Paradoxalement – car leurs mondes n’ont apparemment rien à voir… –, Gaudu fait parfois philosophiquement penser à Magritte, peintre d’une extraordinaire technicité, qui regrettait que la poésie se limitât aux seuls mots.

Il y a assurément de cela chez Gaudu, besogneux de l’absolu, artisan de la (grande…) communion, messie de la particule, plus particulière qu’élémentaire.

C’est tout cela Gaudu ; ou plutôt tout Cela, en ce que tous ces « cela » cultivent le même essentiel plastique, la même quête de beauté, le même cheminement spirituel.

Car il y a enfin quelque chose de profondément christique – au sens le plus laïc possible… – chez cet homme cherchant la rédemption universelle dans le saisissement d’un souffle, voire de l’absence d’un souffle.

Cette âme fugace a en effet élu domicile dans la beauté de ce que l’on ne voit pas, de ce qui ne saurait s’appréhender, comme si Gaudu arrivait enfin, plus de quarante ans après sa première composition, à ce statut de « poète visuel » qu’il aurait inventé. Et surtout mis au point !

Qui se souvient, mieux que Gaudu, qu’en grec ancien poiéô signifiait créer, engendrer, et Poiêsis… la Genèse ?


Philippe GONNET

décembre 2016

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