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mercredi 7 décembre 2011

Guetter les muses et réveiller les anges























De la photographie à la graphie tout court... Au musée Hébert en même temps qu'à l'espace Aragon, l'artiste grenoblois Pierre Gaudu montre les deux faces indissociables de son talent: la photographie pour la légèreté et le dessin pour la liberté

Il dit qu'il a rencontré les muses. Il dit qu'il a saisi le printemps sur des visages. D'un reflet il a fait un rideau. Sur la figure d'une femme morte depuis un siècle ou davantage, il a surpris l'extrême clarté d'une existence neuve. Pierre GAUDU n'a pas photographié les portraits du peintre Ernest HEBERT (1817-1908): il a photographié ce que ces portraits renvoyaient, ce qu'ils réfléchissaient, ce qu'ils donnaient à réfléchir, Cette lumière nouvelle du printemps à ressuscité les visages défunts: elle a fait chanter les tons, à magnifié la blancheur de ces peaux féminines, tandis que les muses se tenaient légèrement en retrait, observant avec affection le photographe absorbé dans la traversée du temps.

Il dit qu'il a baigné dans une douce mélancolie. Plusieurs mois durant, Pierre GAUDU a parcouru, appareil photographique en main, la demeure séculaire d'Ernest HEBERT et son parc aux vastes frondaisons, Il s'est laissé hanter par ce lieu hanté, habité par la mémoire du maître, consentant peu à peu au silence, à l'absence, à l'effacement, au souvenir et à son oubli, Il a photographié la lèpre de la pierre, la mauvaise herbe poussée entre deux dalles, l'aveuglement d'une porte murée, le banc délaissé, les mousses, l'humus, les feuilles mortes; la déréliction et le délitement. Il a photographié la vanité de notre condition, mais le léger poudroiement d'ocre contre un mur tout frais d'un lichen. Quelques touches infimes de couleur, pour nous faire entendre que rien ne pèse: que nous sommes mortels, mais que la vie continue.

Il dit que la photographie lui redonne une enfance, mais que le dessin fait corps avec lui. Ses photographies invitent sa main à rêver. Sa main rêve et se meurt: elle engendre le brouillard, elle rameute les spectres, elle réveille les anges et leurs bruissement d'aile. Le premier bruissement, c'est celui de la plume sur le papier: la plume qui sinue et qui trace qui module la ligne et qui croise les traits. Parallèlement à sa moisson photographique, Pierre GAUDU à donc renoué avec le dessin, la plume et l'encre de chine, qu'il avait pourtant abandonnés depuis 1985. De ces retrouvailles graphiques (une centaine de dessins en un an et demi) et des photographies qui l'ont accompagnée, il présente une sélection à l'espace Aragon.

Il dit que l'âge nous affranchit, il dit que son imaginaire a grandi, il dit qu'il faut faire grand dans le petit. En dessinant, en écoutant l'enivrante musique de sa plume, Pierre GAUDU songe aux fantasmagories de Gustave DORE, aux Désastres de la guerre de GOYA. Il pressent la poussée d'énergie, la dynamiquedes flux qui transite de son cerveau au papier, via la main. Ce tourment de formes, c'est le rouleau des brumes, c'est la flamme qui danse, c'est le flot des eaux. Le tourment n'est pas une angoisse, puisque c'est l'âme des choses, ce qui leur donne vie. Le chaos trouve son harmonie, dans la coulée fuide du geste qui dessine. Il dit que le blanc est un espace délivré par le noir. Il pourrait dire que le dessin est l'espace reconquis de sa liberté.

Jean-Louis Roux
2 décembre 2011
les affiches de Grenoble et du Dauphiné

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